Le Protecteur du citoyen publie un rapport d’enquête portant sur la gestion des cas complexes dans les établissements de détention du Québec.
Une population carcérale qui change
Le visage d’une partie de la population carcérale a changé dans les dernières années. Enjeux de santé mentale, dépendance, itinérance : certaines personnes incarcérées sont particulièrement vulnérables en raison d’un parcours de vie difficile, comme l’illustrent bien les histoires de Simon et Christina [prénoms fictifs].
Simon a une déficience intellectuelle légère et ses capacités sont comparables à celles d’un enfant de 12 ans. En détention, ses comportements problématiques s’intensifient, il devient imprévisible et agressif.
Christina a un trouble de la personnalité limite et narcissique. Elle est placée en isolement et doit être menottée dans le dos pour tous ses déplacements, ce qu’elle refuse. Elle reste donc dans sa cellule pendant près de deux mois. Elle se parle toute seule, est agitée et ne prend pas sa médication.
Des réponses inadaptées
En réponse à ces comportements qui témoignent de besoins complexes, les établissements de détention utilisent surtout des mesures coercitives :
- Isolement, parfois pour des périodes prolongées;
- Recours à la force physique;
- Vaporisateur de poivre de cayenne;
- Menottes ou chaînes de taille ou aux pieds.
Bien qu’elles visent la sécurité, ces interventions ne sont pas toujours adaptées à des personnes ayant des besoins complexes. Une réponse essentiellement coercitive peut exacerber les réactions comportementales et la violence, ce qui met à risque tout le milieu carcéral.
Vers des pratiques plus humaines
L’enquête analyse le modèle d’intervention mis en place par le ministère de la Sécurité intérieure pour gérer les cas complexes. Elle conclut à la nécessité d’humaniser la culture d’intervention et d’adapter les pratiques afin de favoriser la réinsertion sociale.
17 recommandations
Pour soutenir un tel changement, le Protecteur du citoyen formule 17 recommandations au ministère de la Sécurité intérieure, qui supervise les 18 établissements de détention du Québec.
Les recommandations s’articulent autour de quatre axes prioritaires :
- Clarifier le leadership, la gouvernance et la structure;
- Favoriser l’appropriation de l’approche psychosociale par le milieu sécuritaire;
- Assurer la pérennité du modèle en renforçant le soutien au personnel;
- Mettre en place une vigie pour garantir la conformité des pratiques.